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samedi 9 août 2008

Origine des auxiliaire -deuxième partie


Dans le précédent article[1] , nous avons raconté comment apparurent les auxiliaires et à quel point la situation des étudiants selon l’actuelle convention rappelle celle de ces premiers auxiliaires. Reprenons l’histoire là où nous l’avions laissé.

Six ans après la convention collective de 1969 qui encadre et limite pour la première fois l’embauche d’auxiliaires non syndiqués, le Col Blanc rapporte déjà une augmentation inquiétante de leur nombre. Ils représentent alors de 10% à 15% de la main-d’œuvre dans les deux seuls modules où la convention les autorise : les Sports et loisirs et les Finances. La ville prétexte alors des retards involontaires dans le processus de recrutement d’employés permanents pour justifier leur embauche[2].

De 1975 à aujourd’hui, on a pu observer deux mouvements : d’une part, les auxiliaires améliorent progressivement leurs conditions; d’autre part, la ville obtient d’étendre leur emploi à presque tous les secteurs et cesse finalement toute création de postes permanents.

L’amélioration des conditions

De 1975 à 1982, les auxiliaires deviennent membres du syndicat : ils versent des cotisations et peuvent voter aux assemblées. Ils obtiennent des augmentation salariales. On leur accorde de figurer sur une liste d’éligibilité pour la permanence. On leur verse 4% sur chaque paie en guise de prime pour leurs vacances. Toutefois, s’ils ont désormais un droit de grief, on ne peut pas dire qu’ils soient réellement protégés : le Col Blanc de mai 1982 rapporte le harcèlement dont ils sont encore trop souvent victimes, l’absence de protection de leur emploi, le non-paiement des heures supplémentaires, etc[3].

La convention de 1982, définit le droit de rappel accordé aux auxiliaires : après 840 heures travaillées, si l’employeur peut encore couper les heures à quelqu’un parce que le travail manque, il ne peut simplement le congédier. Le travailleur garde son lien d’emploi avec la ville et est inscrit sur une liste d’éligibilité pour les prochaines offres.

En 1994, une nouvelle convention permet de nouveaux gains dont : le paiement des jours fériés, l’augmentation des salaires en mars de chaque année, le droit de s’absenter pour des raisons familiales (maladie ou décès d’un proche)[4].

Et finalement, les progrès des dernières conventions qu’il n’est sans doute pas nécessaire de rappeler ici…

La multiplication des auxiliaires

Pendant ce temps, la ville négocie, de convention en convention, la possibilité de faire travailler des auxiliaires dans toujours plus de secteurs. En 1977, la Voie publique (qui deviendra les Travaux publics) ainsi que les Relations publiques s’ajoutent aux Sports et loisirs et aux finances. Deux ans plus tard, c’est au tour de la Commission d’initiative et de développement économique de Montréal (CIDEM), des Immeubles et des Activités culturelles[5]. Et ainsi de suite…

De cette façon, la ville augmente sans cesse le nombre d’auxiliaires et diminue celui des permanents. En 2000, selon un article du Col Blanc, les auxiliaires sont au nombre de 1800[6]. Six ans plus tard, notre présidente, Monique Côté, évalue leur nombre à plus de 4000, soit plus de la moitié des membres du syndicat[7].

Si le passé est garant du futur…

Au départ, les auxiliaires ne devait être embauchés que lorsqu’il y avait un surcroît de travail et pour une durée n’excédant pas huit mois. Cela devait sans doute rendre leur présence acceptable aux yeux de leur confrères et donner bonne conscience aux instances syndicales. Toutefois, la ville a profité de ce qui devait être une mesure d’exception pour en faire la règle. Toutes les limitations et les restrictions prévues par le syndicat se sont révélées vaines. Malgré d’important gains, le syndicat n’est toujours pas parvenu, quarante ans plus tard, à effacer toutes les conséquences de cette faute originelle… et le voilà qui accepte la création d’une nouvelle catégorie d’employés non syndiqués : les étudiants ! Puisse la connaissance de l’histoire empêcher sa répétition.

[1] « De l’origine des auxiliaires », Le Colvert, juin 2008. [2] Houle, Christian. « À la recherche de l’ auxiliaire perdu ! » Col Blanc, février 2000. [3] Grandchamps, André. « À la recherche de l’homo auxiliarius : les années 80 » Col Blanc, novembre 2000. [4] Grandchamps, André. « À la recherche de l’homo auxiliarius (suite et fin) », Col Blanc, avril 2001. [5] Houle, Christian. « À la recherche de l’ homo auxiliarius ! » Col Blanc, juin 2000. [6] Morin, Daniel. « La précarité chez les cols blancs ça se conjugue avec auxiliaire ! » Col Blanc, février 2000. [7] DUBUC, Pierre. « Les papes maudits » L’aut’journal, no235, octobre 2006.

lundi 9 juin 2008

L'origine des auxiliaires -première partie


En tant qu’auxiliaires, la nouvelle convention nous a permis de progresser vers la parité avec les permanents. Nous devons nous en réjouir. Toutefois, ne perdons pas de vue que nous n’y sommes pas encore. Pour apprécier le chemin parcouru et évaluer celui qui reste à parcourir, le colvert publiera une série d’articles consacrés aux auxiliaires. Voici le premier :

De l’origine des auxiliaires [1] .

Lorsque j’ai commencé à travailler en bibliothèque, je croyais qu’il en allait des auxiliaires et des permanents comme il en va des chenilles et des papillons : j’étais convaincu que, de toute éternité, les permanents avaient d’abord été des précaires. Si erronée qu’elle fut, cette croyance m’aidait à accepter ma situation larvaire : elle était dans l’ordre des choses.

Ce n’est que plus tard que je découvris l’origine des auxiliaires.

Au commencement, Drapeau créa Terre des hommes. Et Drapeau dit que l’auxiliaire soit ! Et l’auxiliaire fut ! L’Exposition universelle de Montréal en 1967, avec son énorme succès, nécessita une embauche massive de personnel. Ces travailleurs furent, en quelque sorte, les premiers auxiliaires.

En juillet 1968, la ville congédia six cent d’entre eux. Ils eurent beau protester de leur sort : leur cause était perdue d’avance puisqu’ils n’étaient pas syndiqués !

Ensuite, en mai 1969, le Syndicat signa une convention dans laquelle l’embauche des auxiliaires était encadrée et restreinte. La ville ne pouvait dès lors en embaucher que s’il y avait surcroît de travail et que pour une durée temporaire. Ceux-ci n’étaient toujours pas syndiqués et demeuraient donc des travailleurs jetables. La ville comprit rapidement les économies que ces précaires allaient permettre. En 1975, Le Col Blanc rapportait que le taux d’auxiliaires s’élevait déjà à 10 % ou 15% dans certains bureaux.

Cela vous rappelle-t-il quelque chose ? En fait, ces premiers auxiliaires étaient dans une situation identique à celle de nos « étudiants » d’aujourd’hui. En effet, selon l’article sur le travail dévolu aux salariés de la dernière convention :

4.03c)L’Employeur peut utiliser, pour une période prédéterminée, les services d’un étudiant selon les dispositions prévues à l’alinéa 2.01 e).

Et que dis l’article 2.01e) ?

Étudiant : signifie tout employé embauché entre le 1er mai et le 15 septembre et qui doit retourner aux études à temps plein […]. L’étudiant n’est pas couvert par la présente convention collective […].

L’histoire serait-elle en train de se répéter ? Bien sûr, ces étudiants devront retourner aux études en septembre… Mais les premiers auxiliaires n’étaient-ils pas là pour une durée limité selon la convention de 1969?



[1] Les données historiques proviennent d’un article du Col Blanc : À la recherche de l auxiliaire perdu, Christian Houle, février 2000.

mercredi 5 décembre 2007

D'où viennent nos problèmes



Jadis…

Dans les années ’50, le maire Drapeau avait un rêve : une île, une ville… et un maire! Seize ans après son retrait de la vie politique et trois ans après sa mort, le Parti québécois au pouvoir réalisait son rêve.

Les fusions

À la fin des années ’90, le gouvernement du Parti québécois décide de remodeler la carte géopolitique de l’île de Montréal. Après avoir jonglé avec toutes sortes de scénarios (une île, trois villes; une île, cinq villes; etc.) le gouvernement adopte, le 20 décembre 2000, la «Loi portant réforme de l’organisation territoriale municipale des régions métropolitaines de Montréal, de Québec et de l’Outaouais». Cette Loi édicte que le 1er janvier 2002, l’ensemble des 29 municipalités de l’île de Montréal ne formeront qu’une seule ville. Ce fut une fusion «forcée» dans le sens où les citoyens ne furent jamais consultés sur ce changement majeur.

Les arrondissements

Ce faisant, la Loi créait des administrations locales intermédiaires, soit 29 arrondissements ( dont 9 sur le territoire de l’ancienne Ville de Montréal), avec, chacun, un conseil d’arrondissement et un président. Les arrondissements obtenaient juridiction, entre autres, sur la culture (les bibliothèques et les Maisons de la culture). De plus, selon la Loi, le conseil d’arrondissement «peut négocier et agréer les stipulations d’une convention collective» portant sur quatre matières : le travail supplémentaire, l’horaire de travail, les vacances annuelles et les congés fériés et mobiles.

Une nouvelle Loi : un gros problème!

Les choses en étaient là lorsque, le 14 avril 2003, le Parti libéral du Québec fut porté au pouvoir. Tous se souviennent que Charest avait fait de la possibilité de «défusion» un de ses principaux cheval de bataille. Il tînt promesse.

Afin d’inciter les anciennes municipalités à rester «fusionnées», le gouvernement adopte une «Loi modifiant la Charte de la Ville de Montréal», le 18 décembre 2003. Les cadeaux que la Loi octroyait aux arrondissements, dont les anciennes banlieues, étaient nombreux : leur président devenait un maire avec les pouvoirs d’un maire, et ils avaient le pouvoir de «négocier et d’agréer» sur dix-sept matières (et non plus seulement quatre) dont : les comités de relations de travail, le comblement des postes, la mobilité de la main-d’oeuvre, le travail à forfait, les mesures disciplinaires, l’engagement et le congédiement des employés, la création et l’octroi des postes de cadres de l’arrondissement, etc.

Les «défusions»

Les référendums sur les «défusions» eurent lieu le 20 juin 2004 : malgré les cadeaux de la Loi de 2003, quinze anciennes banlieues ont voté pour redevenir autonomes. Maintenant, c’est une île, seize villes et c’est un Montréal, dix-neuf arrondissements…

L’érection en fiefs

Après les «défusions», la Loi de 2003 est demeurée en vigueur. Les arrondissements, et plus particulièrement les neuf arrondissements de l’ancienne Ville de Montréal, ont compris tout le parti qu’ils pouvaient tirer de leurs pouvoirs.

Et c’est à ce moment que le foutoir s’est installé car les arrondissements se sont érigés en autant de fiefs et depuis, chaque petit maire, avec l’aide de son conseil d’arrondissement, dirige sans partage au gré de ses caprices et de ses ambitions.

«La création d’arrondissements devait rapprocher la politique municipale du citoyen montréalais, mais c’est le contraire qui s’est produit : chaque maire gère pratiquement comme bon lui semble et les dérives des derniers mois, à Outremont ou ailleurs, ont démontré les lacunes de ce nouveau mode de fonctionnement. Il est temps d’apporter des corrections.»
Montréal, revu et corrigé, éditorial de Nathalie Collard, La Presse, 5 novembre 2007.

Un bon exemple de cela est le sort que l’on réserve aux travailleuses et travailleurs auxiliaires des bibliothèques (et, par ricochet, aux permanents).

L’enjeu : la mobilité

Les auxiliaires ont encore ce que les permanents ont perdu lors de la signature de la dernière convention collective : la mobilité-Ville. C’est l’entente E.V. 96-94 qui l’assure, entre autres par l’existence de la Banque réseau. Comme on le sait, l’entente E.V. 96-94 est toujours en vigueur et le sera tant et aussi longtemps qu’une autre entente ne l’abrogera pas.

Une brèche importante

Les arrondissements, désirant mettre fin à la mobilité-Ville des auxiliaires afin de mieux les contrôler à l’intérieur de leurs frontières, passent à l’attaque en 2006. L’arrondissement Mercier / Hochelaga-Maisonneuve convoque le syndicat pour renégocier l’entente E.V.96-94. Après une série de rencontres, l’arrondissement demande au gouvernement l’intervention d’un médiateur, ce que le gouvernement lui accorde. Afin d’acheter du temps, nous dit-on, notre syndicat signe, en juillet 2007, une «entente intérimaire», valable uniquement dans l’arrondissement de juillet à décembre 2007, entente ouvrant une brèche importante : dorénavant, il y aura dans cet arrondissement une petite banque réseau d’arrondissement. C’est l’introduction de la notion d’arrondissement qui pourrait signifier le début du casernement. C’est aussi l’émergence de la possibilité d’une coexistence de plusieurs ententes : une par arrondissement, pourquoi pas…

Les arrondissements tuent la Banque réseau

Par ailleurs, la Banque réseau de l’entente E.V.96-94 existe toujours. Mais la Loi de 2003 nous mène dans un cul-de-sac : car si c’est à la Ville de gérer la Banque réseau, c’est aux arrondissements qu’il revient, selon elle, de la financer, puisque la mobilité est maintenant de leur ressort. Or, les arrondissements, justement parce que la mobilité est de leur ressort, refusent de financer une Banque réseau gérée par la Ville, d’autant plus que celle-ci les prive d’une emprise totale sur LEURS travailleuses et travailleurs ! On en est là!

Il est temps que l’on se mette à jouer

Le but de cet historique n’est pas de décourager qui que ce soit, bien au contraire. C’est la connaissance des faits, des forces en présence et des enjeux qui permet de développer des tactiques et des stratégies valables et efficaces afin d’atteindre notre objectif : la préservation de notre mobilité-Ville et de notre ancienneté-Ville.

L’enjeu est important, sinon crucial. Et il n’y a pas que les auxiliaires des bibliothèques qui sont concernés, comme on pourrait le croire de prime abord. Une des priorités prioritaires de notre syndicat au cours de la présente négociation de notre convention collective est d’obtenir la mobilité-Ville pour les permanents qui sont casernés en arrondissement. Si les arrondissements obtiennent le casernement des auxiliaires des bibliothèques, que croyez-vous qu’il adviendra de la mobilité des permanents?
Il est vraiment temps que l’on se mette à jouer!